Six morts dés le premier week-end hivernal !

La France est un pays riche... en pauvres.

Jamais la précarité n'y a été aussi importante. D'après les derniers chiffres de l'Insee, on compte 3,5 millions de mal logés en France et 141 500 personnes sans domicile, dont 112 000 sans-abri (les autres se trouvant dans des foyers de demandeurs d'asile ou des résidences sociales). C'est 44 % de plus qu'en 2001 !

38 % des SDF sont des femmes et plus d'un quart (26 %) des personnes qui dorment parfois ou toujours dans la rue sont accompagnés de leurs enfants. Ce qui correspond, selon des chiffres qui restent partiels, à 31 000 enfants privés de logement !

Alors, même si les différents gouvernements ont fait des efforts remarquables, il ne faut pas s'étonner que, chaque hiver, les médias relaient la mort d'hommes et de femmes sans abri. Déjà six personnes décédés à l'occasion du premier week-end hivernal, alors que la première vague de froid intense touche notre pays.

On évoque alors l'appel de l'abbé Pierre lors de l'hiver 1954, les questions récurrentes sur les places d'hébergement disponibles, sur l'ouverture ou non des stations de métro, des gares... Pourtant, comme n'ont de cesse de le marteler nos associations de solidarité, les personnes sans domicile ne meurent pas seulement au mois de décembre.

Car un SDF meurt, en moyenne, chaque jour, en France, des suites de ces conditions extrêmes de survie. En regardant en détail, on constate même que  l'hiver n'est pas nécessairement une période de surmortalité marquée : en réalité, on a compté, en 2013, 124 morts durant les quatre mois les plus froids (janvier, février, novembre et décembre), soit moins que durant les quatre les plus chauds (mai, juin, juillet, août), où l'on en recense 143.

Certes, l’hiver est la période la plus difficile pour un SDF. Chaque jour, dès le réveil, vous n’avez qu’une idée en tête : savoir où vous allez passer la nuit suivante. Quand on est englué dans sa propre histoire, il est très difficile de supporter physiquement et moralement ces conditions de vie difficiles.

Et le comble de la misère, c'est quand le 115 nous dit où dormir et qu'il n'y a plus de place... En novembre, sur 17.000 personnes ayant appelé le 115 dans 37 départements, plus de 9.000 sont restées sans solution, selon le baromètre de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars).

Toutes nos actions socio-éducatives proposent aujourd'hui des radeaux qui promettent la tempête, des bouées qui assurent du naufrage ; nous sommes écrasés par l'importance du désastre !

L'accès au logement d'abord, la loi DALO, la mise en place des SIAO n'y ont rien fait. Il est aujourd'hui grand temps de repenser toute la politique sociale de notre pays.

Mais n'oublions pas que cela doit commencer au niveau individuel, car changer le monde commence par se changer soi-même. La solidarité ne se décrète pas, elle se vit...