Meilleurs voeux solidaires

" La page 2015 se tourne… voici celle de 2016 qui s'offre maintenant à nous …

J'avais annoncé, il y a un an, que 2015 serait une année de pause active, dont l'objet serait notamment de consolider les nombreuses évolutions mises en place fin 2014 ; implantation dans l'établissement Jacques Brel, ouverture de Solida'SSIAD, déménagement de La Boussole, installation définitive du CADA, mise en œuvre du lieu ressources systémia, etc.

Cette parole a été tenue ; Pas d'ouverture de nouveaux services ou d'établissements, pas de révolution organisationnelle…

Mais je connais aussi notre forte propension à ne regarder que derrière nous pour construire notre présent, tant il paraît parfois complexe d'éclairer nos actions du prisme de l'avenir, ce qui nous enferme, trop souvent encore, dans une attitude de conservatisme. Alors, nous avons veillé, ensemble, à ce que 2015 ne soit pas une année d'immobilisme, bien au contraire ; réécriture de notre projet associatif et des différents projets de service, enquête sur les risques psychosociaux, journées d’étude sur les notes sociales partagées, préparation du projet d'humanisation de La Boussole, réflexion sur l'avenir du GERFA, achat d'une maison dédiée à la veille saisonnière,… c'est notre présent décliné au futur que nous avons tissé, hier !

Cette respiration salutaire visant à mieux nous projeter dans l'avenir était d'autant plus nécessaire que le contexte social qui est le nôtre n'a jamais, je crois, été si dégradé qu'aujourd'hui... L'égoïsme prend le pas sur la fraternité, la crise économique dure et étrangle les plus fragiles, la guerre jette des populations entières sur les routes de la misère... Dans une telle conjoncture, nous sommes écrasés par l'importance du désastre. Ainsi, il n'est pas rare que, lorsque nous trouvons une réponse, quelquefois bricolée, la main tendue d'aujourd'hui condamne l'appel à l'aide de demain, tant les moyens dont nous disposons semblent devenus dérisoires. Pire, cette impuissance nous use et condamne parfois notre humanité, en nous obligeant à gérer ou à prioriser les détresses. Petit à petit, nos actions deviennent des radeaux qui promettent la tempête, des bouées qui assurent du naufrage...

Si nous pouvons regretter cette insuffisance des moyens, il nous faut aussi déplorer l'absence de lisibilité et de stabilité de ceux-ci, notamment pour ce qui concerne les moyens financiers.

Malgré cela, nous avons encore réussi à éviter cette casse sociale qui menace, depuis quelques années, même si deux emplois ont été un temps en péril suite à une sentence estivale d'arrêt de notre subvention AVDL, ce qui a engendré pour nos collègues une vive angoisse que je déplore amèrement.

Vous n'êtes pas sans ignorer, aussi, que d'autres associations sont aujourd'hui en très grandes difficultés et que certaines ont malheureusement déjà dû licencier !

Aussi, je m'engage à tout faire pour éviter cette catastrophe humaine à l'APSA et à ne prendre aucune décision qui pourrait mettre en péril cet édifice si fragile, et notamment nos emplois. Si ma volonté d'employeur est bien d'œuvrer pour que ce difficile travail au service de nos concitoyens en difficulté puisse s'effectuer dans les conditions les plus confortables possible, je reste extrêmement prudente et veillerais à ne faire prendre aucun risque à notre groupe ; l'intérêt collectif doit toujours primer !

C'est d'ailleurs avec cette philosophie que j’ai récemment décidé de donner une suite favorable, mais mesurée, à la demande du comité d'entreprise de mettre en place des jours de congé supplémentaires liés à l'ancienneté au sein de l'association ou à l'age de certains salariés. C’est encore avec cet état d’esprit que nos associations ont pleinement adhéré à la démarche d'enquête sur les risques psychosociaux, courant 2015, et je remercie au passage ceux et celles qui ont œuvré à l’élaboration de ce travail exemplaire.

Ce rapport des RPS qui nous a récemment été présenté sera naturellement pris en considération, tant au niveau associatif que dans chacun des services ou établissements, pour élaborer, dans le courant du premier semestre 2016, un plan d'amélioration ambitieux, efficient et réaliste...

Je tiens toutefois à témoigner ici que j'ai été particulièrement touchée par certains propos tenus dans ce cadre, des mots jetés à la face de nos valeurs qui tendent à déshumaniser notre œuvre collective, qui affirme que notre travail d'entraide n'est finalement qu'un gagne pain sans âme, qui renie l'éthique de conviction sur laquelle repose nécessairement la relation d'aide…

Si je suis consciente des difficultés inhérentes au travail social et à notre modèle associatif et reste attentive à certaines situations particulières, je nous invite à rester collectivement vigilent pour ne pas emprunter cette voie étriquée du chacun pour soi, qui conduit inexorablement à cette pensée absurde que l'enfer c'est les autres et mène toujours à des impasses !

Une association vise d'abord à associer et l'action sociale puise son efficacité dans l'engagement collectif et la faculté à travailler ensemble des aidants. La qualité de nos prestations au service des autres et des conditions dans lesquelles elles s'exercent dépend, avant tout, de notre volonté plurielle !

J'ai aujourd'hui, à ce sujet, quelques inquiétudes, lorsque j'entends par exemple, qu'il est souvent plus facile de travailler à l'externe plutôt qu'au sein de notre association, ou que je constate la faible, voir l'absence d'implication des équipes et bénévoles dans les différents événements portés par d'autres services. Ce n'est même plus notre militantisme qui est ici interrogé, mais notre communauté d'acteurs et notre solidarité associative ...

Mais, il y a toujours des raisons d’espérer ! Je souhaite ainsi saluer le choix de certains professionnels de l’APSA d’inscrire l'engagement comme nouvelle valeur étendard de nos associations, dans le cadre de la révision de notre projet associatif. Gageons que ce choix soit fédérateur, parce qu'il n'y a effectivement rien de plus puissant qu'un groupe où l'on œuvre, non par nécessité ou obligation, mais par passion.

Dans une société qui pousse à l'individualisme et à l'uniformisation, notre mobilisation au service d'un projet politique commun est, plus que jamais, essentielle. Et le nôtre est extrêmement noble et ambitieux ; celui d'une société de partage, juste, inclusive et fraternelle...

Évoquant ici cette utopie qui est le moteur de notre association, je ne peux m'empêcher de me souvenir qu'à l'occasion de mon discours de l'année passée, l'actualité sonnait encore du glas de l'attentat perpétué à Charlie hebdo. Aujourd'hui, tel un sombre recommencement, c'est celui du 13 novembre dernier qui hante mes pensées.

Alors, ainsi que l'affirmait l'Abbé Pierre, je nous invite à continuer à croire, même si tout le monde perd espoir - à aimer, même si les autres distillent la haine. Il n'existe pas de meilleure résistance au service de notre humanité partagée que celle qui nous amène à nous pencher pour aider quelqu'un à se relever...

C'est ce combat que mène l'APSA depuis prés de cinquante ans.

50 ans ; parmi les anniversaires qui comptent, celui de la cinquantième année est un incontournable !

2016 sera l'année où nous célébrerons ensemble cet événement majeur pour l'APSA, un temps fort qui nous permettra de porter à nouveau sur la place publique notre lutte contre toutes les formes d'exclusion, mais que j'envisage, avant tout, festif. Je vous donne donc rendez vous, dés à présent, le 26 Mai, salle Jean Nohain, pour fêter, autour de René Barras, notre Président fondateur, ces 50 années de solidarité active ...

Toutefois, je ne peux aujourd'hui envisager l'histoire de notre association et explorer avec vous l'année écoulée, sans évoquer Robert qui nous a quitté l'été dernier. On dit que le deuil est une sorte de conversation que l'on tisse avec celui qui n'est plus là, puis que vient le temps du souvenir qui efface les peines. Je crains qu'il ne nous faille encore bien du temps pour apprivoiser cette absence et, par exemple, ne plus considérer « le bureau de la présidente » comme le sien, oser froisser un courrier sans penser à utiliser le verso en brouillon, hésiter à jeter la denrée périmée au risque d'une bonne diarrhée, ne pas regretter sa ténacité légendaire pour accomplir certaines tâches ingrates, …

Et puisque la mort semble s'être acharnée sur notre association, je tiens aussi à rendre un hommage appuyé à Richard et à Charles, nos deux plus anciens salariés, embauchés tous deux au restaurant social « Guy Mollet », puis ayant poursuivis leur carrière aux CHRS Schaffner et La Boussole - tous deux décédés courant 2015 de ce fléau odieux qu'est le cancer !

Robert, Richard et Charles avaient tant de points communs : conscience professionnelle, loyauté sans faille, bon sens, humilité, valeurs humaines discrètes mais indéniables, courage et ténacité, grande disponibilité, ... Tous trois étaient à l'image de ce dicton populaire qui affirme que l'on est pas seulement ce qu'on dit, mais d'abord ce que l'on fait ; Il ne voulaient pas être important, il cherchait à être utile - Il avait le quotidien humble, mais agissait comme des grands hommes.

Je finis d'habitude mes discours par une citation, mais je vous propose, cette année, de nous recueillir quelques instants pour rendre un hommage juste et mérité à Robert, Richard et Charles.

 

En espérant que 2016 soit une année plus clémente, je réitère mes meilleurs vœux solidaire à chacun d'entre vous ainsi qu'à vos proches, et naturellement je souhaite une bonne année et un joyeux anniversaire à l'APSA."

Discours prononcé par madame la Présidente, Anne Marie Vancauwelaert.