Aider, soutenir, accompagner, suivre... et quoi encore ?

 

L'accompagnement est l'une des formes de la relation d'aide... et pourtant, on utilise souvent ces deux termes sans les distinguer... 

Tachons d'y voir un peu plus clair !

 

La relation d'aide:  

 

La prise en charge commence souvent par un accueil qui consiste pour l'aidant à se mettre humblement à disposition de l'autre.

C'est la première pierre de la relation d’aide, qui ne peut se réaliser qu'avec infiniment de considération pour la personne aidée, dans un cadre bienveillant. C'est une forme de relation privilégiée où la personne (le quelqu’un) compte plus aux yeux de l'aidant que l’information échangée (le quelque chose).

La posture de l'aidant consiste donc, d'abord, en une ouverture d’esprit à autrui.

Confucius aurait dit « Si l’homme a deux oreilles et une bouche, c’est pour écouter deux fois plus qu’il ne parle ».

Ainsi, la relation d'aide repose sur l'écoute active ; Écouter est ici une attitude de cœur, un désir authentique d'être relié à l'autre. L'aidant est donc à la fois ouvert et relié à l'autre.

Cette rencontre avec l'autre s'envisage sans aucun pouvoir, ni « pour le bien » de l'autre, ni contre ses symptômes, ni contre la raison de ces symptômes, ni contre ses « résistances ». L’aidant ne fait qu’accompagner ce qui se produit déjà.

Il ne s’agit pas, pour l'aidant, de résoudre un problème, de réparer un passé souffrant, de guider la personne vers un avenir meilleur, mais de la reconnaître dans ses ressentis.

Il s’agit de l’accompagner dans ce qui se passe déjà en elle et non de la changer ou de la combattre.

Ce qui est dit, ce qui est fait, ce qui transparaît... est l’indice d’une émergence qui peine à faire surface. Donc l'aidant aidera la personne à formuler, à reconnaître, à donner sa juste place à cette émergence, sans jamais rien forcer, ni  imposer.

Il n'appartient jamais à l'aidant de décider à la place de l'aidé. Au contraire, il faut être très attentif à l'autre qui seul « a les clés de chez lui ».  « La porte du changement ne peut s'ouvrir que de l'intérieur » (Jacques Salomé).

En effet, chaque personne est la seule à pouvoir accéder à ce qu’il y a en elle. Cependant, pour y accéder, elle a besoin des questions et de la présence de l’aidant, qui lui ne sait rien. 

C’est justement parce que l’aidant accepte de ne jamais savoir à la place de l'aidé, qu’il sera un bon accompagnant.

C’est le principe majeur de la relation d'aide ;  Accepter d’être « aveugle » et de ne jamais voir à la place de l'autre permet de bien le guider vers ce qu’il y a en lui et qu’il est le seul à pouvoir « voir ».

Quand les fractures intérieures peuvent être réconciliées, la relation d'aide peut alors évoluer pour devenir accompagnement, sachant que ces deux démarches s'entre-croisent et se consolident l'une l'autre.

 

L'accompagnement:

 

Notre passé nous forme, il nous explique, mais il ne nous oblige en aucune façon. Du passé oppressant au présent trépassé... on souffre surtout de n'avoir pas de futur. L'accompagnement écoute le passé, s'inscrit nécessairement dans le maintenant et vise à créer des circonstances qui ouvre des possibles.

« L'accompagnement - être avec - est une relation avec l'autre qu'on rencontre et avec qui on fait un bout de chemin. C'est l'autre qui décide du but de la promenade. Accompagner, c'est être personne ressource pour que l'autre trace son chemin. C'est l'aider à vivre son trajet et non pas lui donner une trajectoire à réaliser. » Michel Vial (Université de Provence)

Accompagner, c'est co-construire avec la personne, à partir de son patrimoine et de son projet de vie... 

Il s'agit alors, en fait, d'amener la personne à être actrice de ses propres transformations,  à lui redonner du pouvoir d’agir et à développer de nouvelles compétences ou à surmonter une difficulté en lui permettant de renforcer sa confiance en soi, en renforçant les liens sociaux et les solidarités dans ses lieux de vie, en facilitant son accès au droit commun, en faisant appel à la résilience pour lui permettre de ne pas rester ancré dans son passé et de se projeter sur quelque chose de nouveau, etc.

Gandhi avait l’habitude de dire: « Tout ce que vous faites pour moi, mais sans moi, vous le faites contre moi ». Voilà, à mon avis, bien résumé le sens sur lequel se fonde impérativement ce travail d'accompagnement.

L'accompagnement peut revêtir plusieurs formes telles que la relation thérapeutique, la relation éducative, le suivi social, le tutorat, la tutelle ou l’accompagnement social.

Je reprendrai ici la définition de  B. BOUQUET et C. GARCETTE :  « l’accompagnement vise à aider les personnes en difficulté à résoudre leurs problèmes, et à établir avec elles une relation d’écoute, de soutien, de conseil et d’entraide, dans une relation de solidarité, de réciprocité et d’engagement de part et d’autre. L’accompagnent ne peut donc être fondé que sur une démarche volontaire. Il repose sur la liberté de chacun et sur la capacité d’engagement réciproque. .... Cette démarche orientée vers le « faire ensemble » est attentive aux processus, au cheminement des personnes, à leur parcours. »

La fonction d’accompagnement implique :

                                       Une notion de proximité et de présence - on est côte à côte, on est avec, on soutient l’autre.

Une notion de participation active de l’intéressé - on l’accompagne dans sa voie, celle qu’il s’est lui-même tracé, donc une notion d’autodétermination.

Une idée de mouvement, l’autre est en devenir, même si nous ne savons pas à l’avance vers où il va, et qu’il faut chercher avec lui le chemin pour y parvenir.

Une notion d’individualisation, chaque personne est différente, chaque situation est unique même si elle peut être regroupée dans des catégories précises.

Une idée de passage, de temps limité, de moment partagé mais de séparation après évaluation du chemin parcouru.

L’accompagnement social s’inscrit bien dans un processus d’intervention comprenant plusieurs phases et plusieurs moments de travail. Sans rentrer dans les détails, rappelons cependant quelques aspects.

L’intervention sociale d’aide à la personne part de la personne. Elle cherche à développer une méthode participative avec la personne dans « l’objectif d’améliorer sa situation, ses rapports avec l’environnement, voire de les transformer »

L’action s’inscrit dans une logique qui va bien au delà de la simple réponse à la demande.

L’intervention sera ajustée aux aspects spécifiques de la situation et de la personne concernée dans un effort d’adaptation constante, afin de rester au plus près des possibilités et capacités de la personne.

Dans cette activité, c'est la relation qui est première mais elle est contractualisée, temporaire et implique un engagement de part et d'autre, dans un mouvement.

Dans ce déroulé il y a une clé de voûte : le diagnostic social.

Le diagnostic social est l’articulation entre la collecte des informations sur la personne, sa situation, ses problèmes et la définition d’un projet commun d’intervention. Cette jonction se fait par l’analyse de la situation à la lumière des connaissances qui l’éclairent (juridiques, psychologiques, sociologiques, de santé, économiques, etc.) et par l’élaboration d’hypothèses de travail qui vont orienter le plan d’intervention. Ce diagnostic permet de définir les objectifs de changement et d’apprécier les forces et dynamismes présents, les potentialités tant individuelles que de l’environnement social et familial susceptibles d’intervenir en faveur de la personne concernée. D’évaluer aussi les faiblesses et les freins éventuels.

Sans ce diagnostic social il ne peut pas y avoir d’élaboration d’une intervention à partir du projet de la personne, ni de négociation d’un contrat.

L’accompagnement s’inscrit dans ce processus. Le professionnel n’est pas seulement « à côté de » ou « avec », il est aussi dans la compréhension profonde d’une personne et dans la recherche, avec elle, de solutions existantes, ou à créer, pour améliorer sa situation.

La relation d'aide à la personne et l’accompagnement s’inspirent des mêmes principes professionnels éthiques et déontologiques : respect des personnes, participation active à la définition de leurs propres solutions, proximité avec elles, partage.

 

 

Ils s’inscrivent aussi dans les valeurs démocratiques et républicaines de notre pays: la fraternité (appartenance à la famille humaine, solidarité), la liberté (de ses choix et de ses opinions, des décisions concernant sa vie et de son autodétermination), l’égalité, la citoyenneté, la justice sociale ...