Des locataires recrutés pour rénover les halls d’immeuble de leur propre quartier

Durant six mois, ils ont rénové les entrées d’immeuble de leur propre quartier, la République. Ils en ressortent avec une attestation de formation, et l’envie de poursuivre le chemin vers la réinsertion professionnelle. Huit autres locataires vont prendre le relais dès à présent.

Ils se prénomment Gabriel, Joseph, Reynald, Alain, Malik… Ils sont huit ; ils habitent tous le quartier de la République ; ils sont tous locataires de Pas-de-Calais Habitat. Tous bénéficiaires du RSA aussi avec une sérieuse envie de reprendre pied dans le monde du travail.

La main tendue a pris la forme d’un chantier école entre le 10 octobre et le 9 avril avec une mission simple (mais technique) : rénovation complète des parties communes de neuf entrées d’immeubles dans leur quartier (remise en état des supports, mise en peinture, pose de cloisons…). Le tout en alternant des périodes de formation (324 heures au total) et de mise en pratique. Voilà qui débouchait, mardi, par la remise d’attestation de formation qualifiante de niveau 5 (après trois journées d’examen) ouvrant la voie à des postes de concierge, de technicien dans des hôpitaux, dans des établissements publics nécessitant des menus travaux avec le titre professionnel d’Agent d’entretien du bâtiment.

La formation, assurée par l’Apsa, a été financée par le Département, par des fonds européens et par le bailleur Pas-de-Calais Habitat qui a aussi mis un appartement à disposition comme base de vie. Ce chantier école a été monté en un temps record, se félicitait Janick Rogeaux, directrice du pôle insertion de l’Apsa au moment de féliciter ceux qui allaient quitter le dispositif, immédiatement remplacés par huit petits nouveaux qui ont reçu dans le même temps leurs équipements de sécurité. Ils ont été recrutés via Pôle emploi, la Mission locale, le CCAS d’Avion, et Pas-de-Calais Habitat. Tous encore habitent la République et vont continuer le travail de rénovation des entrées d’immeubles dans le quartier. « Certes ils sont locataires, mais ce ne sont pas que des locataires. Au travers de ce chantier école nous avons voulu établir avec eux un projet de vie », glisse le responsable du service politique d’insertion chez le bailleur, Bertrand Leleu. Une chance qu’ils ont tous saisie. En témoigne leur assiduité et leur engagement.

«Un chantier école c’est un peu la période d’essai»

Dans l’assistance lors de la remise des attestations de formation, une personne était particulièrement attentive. Sandy Drzeviecki, chargée de développement au GEIQ BTP Nord - Pas-de-Calais, espérait bien repérer des profils qui pourraient intéresser le groupement d’employeurs qu’elle représente.

Pourquoi les personnes en chantier d’insertion sont « intéressantes » pour vous ?

« Nous sommes devant un public qui était très éloigné de l’emploi et qui a pu ainsi remettre le pied à l’étrier grâce à un partenariat avec Pas-de-Calais Habitat avec qui nous travaillons. Ceux qui étaient sous contrat ont prouvé qu’ils étaient motivés pour travailler dans leur quartier. Il faut maintenant consolider les acquis, mais quand je vois toutes les formations qu’ils ont suivies et qui ont un lien direct avec le bâtiment, oui ça m’intéresse parce que les entreprises du groupement d’employeurs sont à la recherche de ces profils-là. Il faut maintenant voir quelles suites ils entendent donner à leur parcours. C’est plein de petites choses à compléter, mais c’est un parcours idéal. Ils peuvent enchaîner avec un contrat en CDD de six mois ou d’un an et puis décrocher un CDI ensuite. »

Pourquoi recruter par ce biais plutôt que de piocher dans les fichiers de Pôle emploi ?

« Le fichier de Pôle emploi est tellement vaste… Comme je dis souvent, après un chantier école (ici il a duré six mois), c’est comme si les employés avaient effectué leur période d’essai. Ils ont prouvé qu’ils savaient aller au bout de la mission, qu’ils savaient effectuer les tâches qu’on leur a données. Je vais me rapprocher de leurs encadrants pour connaître non plus seulement le savoir-faire mais le savoir-être. C’est très important pour une entreprise notamment en ce qui concerne le respect des consignes de sécurité sur un chantier mais aussi le comportement au travail. Comme on dit dans le jargon il faut aussi que l’ouvrier «voie clair», c’est-à-dire qu’il ne soit pas un simple exécutant qui attende les consignes mais qu’il soit capable de prendre des initiatives sur un chantier. Et puis, va se poser la question de la mobilité. Est-il en capacité de se déplacer ? Est-il prêt à aller travailler à Dunkerque par exemple ? Si c’est une question de permis de conduire, on trouvera une solution. »

Quels sont les métiers qui manquent de main-d’œuvre ?

« Il y a les métiers du bâtiment de manière générale. La formation fournie dans le cadre du chantier école répond bien à la demande. Il y a aussi un fort besoin pour tout ce qui est travaux publics et espaces verts. Notamment dans le cadre des chantiers qui se lancent pour le Bus à haut niveau de service (BHNS). Et puis, avec l’annonce du gouvernement de rénover 23 000 logements, nous avons aussi besoin de monde. »

Article Voix du Nord - Par Emmanuel Crépelle | Publié le 02/05/2017