Cérémonie des voeux 2018

Bonne nouvelle année ! … Mais permettez-moi, avant de nous projeter en 2018, de commencer mon propos par quelques mots sur l'année écoulée, 2017, qui clôture probablement la fin d’un cycle qui nous était, somme toute, plutôt favorable !

En effet, malgré une conjoncture parfois difficile, l'APSA a réussi, jusqu'à aujourd'hui, et je crois avec un certain succès, à préserver l'existant, et même souvent à l'améliorer ; par la mise en œuvre de dispositions stratégiques internes, en s'investissant activement dans la réflexion et l'organisation des changements politiques et sociétales en cours, mais aussi et surtout, en œuvrant constamment au nom des publics en grandes difficultés …

Je suis fière que dans cette tempête Macron-économique, où priment tantôt les egos démesurés de certains dirigeants, parfois encore des stratégies d'expansion déconnectées d'une « âme associative », où la prestation offerte construite sur des notions de rentabilité et d'efficience déshumanisée prévaut souvent sur la fraternité agie – je suis fière, dis-je, que notre engagement reste empreint d'une volonté inébranlable de préserver une bonne qualité du service rendu au public, s'ancrent sur des valeurs humanistes revendiquées et place systématiquement la personne au cœur de nos projets. Là est notre plus grande force plurielle, et cela, il ne faudra jamais le perdre !

Pourtant, dans un contexte de concurrence décomplexée, nous avons dû aussi œuvrer au cours de cette année passée à bloquer certaines implantations, non pour éviter à tout prix l'installation de potentiel autres organismes plus ou moins viraux, car nous avons cette compétence du faire ensemble, mais bien pour préserver, sur notre territoire d'implantation, une certaine idée de l'action sociale, et aussi, il faut bien l'avouer, de nos emplois.

L’APSA ne cherche ni à s’épandre, ni à s’étendre… Elle avance sans destination préfabriquée, si ce n'est celle de servir au mieux son objet ; la lutte contre toutes les formes d'exclusion, dans un esprit de justice. C'est le chemin parcouru qui compte et je ne commettrai jamais l'erreur de prendre l'horizon pour les bornes du monde.

Il ne faut pas oublier que les choses qui ont le plus de valeur sont celles qui n'ont pas de prix. Une solidarité qui se calculerait, serait une solidarité qui deviendrait bien pauvre !

N'en doutez pas, nous ne sommes pas naïfs, et nous avons appris à nager dans ces flots tumultueux. Mieux encore, jusqu’ici, nous avons su étoffer nos actions en réponse aux besoins multiples des populations en difficulté, nous avons poursuivi nos démarches volontaires d’amélioration des conditions d'accueil, d'accompagnement et de travail, et nous continuons à être une force d’innovation reconnue.

Ainsi, courant 2017, de très nombreux projets ont encore vu le jour ; Les plus anciens d'entre nous, administrateurs ou intervenants sociaux, s’ils se retournent parfois, peuvent être impressionnés par le chemin parcouru et la liste de notre œuvre est chaque année un peu plus longue. Je tiens, à nouveau, à souligner que c’est grâce à notre engagement pluriel que ce cheminement incomparable peut exister… Alors, au nom de ceux qui implorent leur survie au quotidien ou qui sollicitent notre soutien, je nous dis à tous merci…

Nous pouvons collectivement être fiers de ce que nous tissons ensemble… de l’A.P.S.A., de l’Accueil 9 de cœur et de l’APSA Coup d’main - car elles sont toutes trois de grandes et belles associations !

Mais au-delà de cet investissement humaniste qui est le nôtre et qui mérite ces éloges, je ne peux taire que près de 15 millions de personnes sont aujourd’hui touchées en France, à un titre ou à un autre, par la crise du logement, que le nombre de personnes sans domicile fixe a augmenté de 50 % depuis 10 ans, que l’on souffre et que l'on meurt à la porte de nos frontières et que l’on ferme notre cœur à cette situation inacceptable, que notre pays compte 8,9 millions de pauvres et que leur nombre a augmenté de 600 000 personnes en dix ans, … Les inégalités se creusent, le chômage stagne malgré la sortie de crise, le nombre de personnes démunies augmente et leurs conditions de vie s’aggravent, les phénomènes migratoires s'amplifient ...

J'ai parfois l'impression amère que l'action sociale devient, de plus en plus, une compresse humanitaire posée sur une hémorragie sociale grandissante, notre travail une imposture et notre œuvre quotidienne, du bricolage !

Dans ce contexte tourmenté, 2018 s’annonce plutôt mal pour les associations de solidarité, car déjà placée sous le signe de contraintes budgétaires massives, et sous la menace d’un cadre de plus en plus contraignant pour nos actions.

Je citerais, par exemple, l’arrêt catastrophique, pour nos structures, et plus encore pour les personnes concernées, des contrats aidés CUI-CAE, le récent durcissement des orientations gouvernementales en matière d’accueil, d’hébergement et d’accompagnement des personnes sans domicile étrangères, le resserrement de certains cahiers des charges, des évolutions pensées en haut lieu qui s'imposent à nous sans nous proposer de lisibilité sur l'avenir ; AVDL menacé, Siao unique, dispositifs d'hébergement remis en cause, convergence tarifaire des CHRS avec des annonces de baisse de l’ordre de 16 %, mise en œuvre de marché public sur l'urgence sociale, appels à projet avec des coûts à la place trois fois moindres qu’aujourd’hui…

Que sera donc l'action sociale de demain ?

Le mille-feuille réglementaire s’épaissit, les budgets se resserrent, la volonté de réaliser des économies à tout prix et à n’importe quel prix veut expliquer l’injustifiable, la qualité se mesure en valeur marchande, la concurrence s’installe, le pouvoir fabrique du prêt-à-agir low-cost, l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité guide les politiques de solidarité, l'urgence tend à se fonder non plus en raison mais en émotion, le contrôle s’immisce à charge dans l’action, l'indépendance associative est mise en question, …

Le travail social va changer et il faut s'y préparer ! Car il vaut mieux vivre en faisant des concessions acceptables, que mourir satisfait !

Tout n'est pas acceptable, et nous aurons probablement des combats à mener, notre premier étant déjà lancé, contre ces circulaires criminelles qui instaurent le contrôle et le recensement des migrants dans les centres d'hébergement, … mais il va aussi falloir continuer à s'adapter aux évolutions qui s'imposent à nous, sous peine de périr.

Notre responsabilité de dirigeants est grande mais notre mobilisation collective sera nécessaire et indispensable. J'espère et je sais pouvoir compter sur tous ; il en va du sens même du mouvement associatif, véritable outil de la démocratie à la française, il en va de la mise en œuvre des politiques de cohésion sociale et de lutte contre les inégalités qui nous engage à l'aune de ceux qui implorent leur subsistance et quémandent notre assistance, il en va de nos emplois et vous savez mon attachement indéfectible à éviter toute casse humaine...

2018 sera, à n’en pas douter, une année charnière ; il va falloir, sans nous perdre, nous préparer à d’autres pratiques, à coût resserré, peut-être plus prestataire que partenaire, respectant des règles du jeu managériales et économiques qui nous sont encore aujourd’hui étrangères…

Certes, nous avons d’ores et déjà préparé ce moment tant redouté ; des revendications ont été portées auprès des financeurs et des têtes de réseaux, quelques provisions financières ont été réalisés en prévision des temps plus durs, des propositions individuelles de formations ou de reclassement ont bien été envisagées avec certains, des contrats en CDD ont été privilégiés lorsque c'était possible, de nouveaux projets créateurs d'emploi sont en cours d'étude ou d'élaboration, etc. - mais le véritable chantier pour 2018 reste à venir ; car il s'agira de penser ensemble et de mettre progressivement en œuvre des changements profonds dans nos pratiques quotidiennes, qui tiendront compte de ces évolutions contraintes placées essentiellement sous le signe de l'économique.

Je crains, par exemple, que ce qui rend la vie de nos résidents plus belle et notre action plus durable, le travail éducatif, l'animation du quotidien, le développement de certaines actions liées à la pratique citoyenne, aux loisirs et à l’accès à la culture... soient considérés sous peu comme du superflu, et qu'il faille trouver ensemble de nouveaux équilibres plus recentrés sur nos cahiers des charges...

Je crains aussi que la majorité des futurs salariés soient peut-être moins qualifiés qu'aujourd'hui, que de nouvelles complémentarités interservices soient recherchées pour nous permettre de rationaliser certains coûts, que nous soyons amenés à redéfinir certaines priorités dans l'action à contre-courant de notre patrimoine, comme par exemple de prendre en compte l'obligation de résultat, ou de renforcer l'impérieuse obligation qui nous est déjà faite en partie d'organiser la gestion des places occupées, la durée des prises en charge ou le pourcentage d'activités réalisées ,..

Je suis bien consciente que mon discours, cette année, n'engage pas à la fête et que ce qui nous sera probablement imposé me mortifie, mais je me devais de saisir cette occasion de vous rencontrer pour en appeler à notre responsabilité collective et individuelle. Plus que jamais, je déclare que pour rester vivant, il faudra vivre solidaire !

Qu'il soit aussi bien entendu que je reste fermement optimiste face à notre avenir, et que je continue à croire, sans aucun doute, en nos capacités à trouver la ou les bonnes routes...

J'ai pour habitude de conclure mes discours par une citation. Celle qui me vient ici, sera empruntée à l'abbé Pierre : « Quand on s'indigne, il convient d'abord de se demander si l'on est digne. »

J'ai la certitude que nos associations, c'est à dire nous tous, valent largement ces batailles à mener, à l'interne comme à l'externe. Elles sont nées d'une lutte et leur vie a toujours été faite de petits et de grands combats. Alors, aujourd'hui, préparons-nous ensemble à ceux qui nous sont promis pour demain, nous n'en seront que plus fort lorsque soufflera vraiment la tempête !

Je vous remercie de votre attention et souhaite, au nom de nos conseils d’administration, mes meilleurs vœux, à nos associations, mais aussi, et c’est ce qui importe le plus aujourd’hui, à chacun d’entre vous ainsi qu’à ses proches… encore une fois, bonne année 2018 !