Cada-strophe... par la voix du nord

Dans l’ex-coron devenu Centre d’accueil des demandeurs d’asile, on cultive l’espoir

Créé en 2013, le Centre d’accueil pour demandeurs d’asiles (CADA) implanté à Rouvroy, Méricourt, Bully, Grenay a ouvert son antenne liévinoise en 2014. Sa particularité : viser essentiellement les familles. Une cinquantaine de places sont proposées… et toujours occupées.

Ce jour-là, la pluie tombe dans la rue Maurice-Ravel. « Il faut voir quand il fait beau, tout le monde est dans la rue, il y a une bonne ambiance. Et avec les riverains ça se passe super-bien », confie Marc Demanze, le directeur général de l’Apsa. Dans cet ancien coron, les portes s’ouvrent et on découvre les familles avec leurs enfants qui profitent d’un peu de répit après tout ce qu’elles ont vécu sur les milliers de kilomètres qui les séparent de leur pays d’origine. Elles arrivent d’horizon divers, en quête d’un avenir meilleur.

Elles sont d’abord passées en CAO (Centre d’accueil et d’orientation), c’est là qu’elles ont fait le choix de faire une demande d’asile, elles ont un mois pour cela. Le temps de l’instruction du dossier, elles sont hébergées en CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile). Cela peut prendre des mois (dans un monde idéal, jusqu’à deux ans souvent).

En cas de refus de la demande d’asile, c’est le retour dans le pays d’origine.

Dans le petit studio que l’on peut visiter, vit un Iranien. Dans son pays, il travaillait sur les plateformes pétrolières. Son projet de vie, aujourd’hui, il l’imagine en France. Comme d’autres, il a participé à la rénovation du logement qu’il occupe et surtout, avec l’équipe de l’Apsa qui gère le centre, il apprend le français, découvre un nouveau mode de vie et constitue son dossier de demande d’asile.

« Quand on accueille quelqu’un on lui dit «Soit le bienvenue». Avec lui, on travaille l’espoir de rester en France, mais aussi le désespoir en cas de refus. Il faudra peut-être qu’il aille dans un autre nulle part… Mais nous, on se refuse à mettre quelqu’un dehors sans solution », glisse Éric Flitz, directeur du pôle hébergement de l’Apsa. « Si les conditions d’accueil ne sont pas dignes, le choix se fait par défaut. Un mois en CAO, c’est un bon délai pour découvrir la France. Après, en CADA, il faut attendre la décision. » En cas de refus de la demande d’asile les textes sont clairs, c’est le retour dans le pays d’origine. Dans les faits…

« Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est quelque chose à l’étage au-dessus du CADA, réclament d’une même voix Marc Demanze et Éric Flitz. Un centre qui propose de l’hébergement. » Il y en a un par département, ce n’est pas assez. Car une fois l’accord donné pour la demande d’asile, le parcours du combattant continue pour se loger et s’insérer dans la collectivité.

«On accueille là des ex-soldats, des journalistes, des médecins, des écrivains…»

Président de l’Association pour une solidarité active (APSA), Marc Demanze est un engagé. En lutte contre toutes les formes d’exclusion, il assure que la parentalité, la santé ou l’insertion professionnelle sont tout autant ses chevaux de bataille que celui des demandeurs d’asile. C’est pourtant surtout cette dernière préoccupation qui a animé ses dernières années, notamment depuis 2013 et la candidature de son association à l’appel à projet pour la création d’un CADA. « Il n’y en avait pas dans le Pas-de-Calais, on partait de loin », rappelle Marc Demanze, qui n’aura pu concrétiser le premier projet présenté. Celui-ci prévoyait la création du Centre d’accueil des demandeurs d’asile dans les ex-locaux de formation de la SNCF à Méricourt. « Mais cela nécessitait de lourds travaux. »

Propriétaire de 20 logements à Liévin, l’association s’est rabattue sur son patrimoine pour faire aboutir son projet. Cinquante places y ont été créées, auxquelles sont venues s’ajouter quarante-huit autres à Grenay, Méricourt, Rouvroy et Bully. Partout, note le président de l’Apsa, l’intégration se fait bien. « Nous accueillons des gens qui ont fui leur pays souvent parce qu’ils y étaient confrontés à l’horreur. Ils sont la plupart du temps très compétents. Outre des ex-soldats, nous accueillons beaucoup de journalistes, de médecins, d’écrivains, d’architectes qui ont tout laissé derrière eux pour venir vivre en France. » Il s’agit majoritairement de gens des pays de l’Est, du Moyen Orient et de la corne de l’Afrique. Une fois hébergés en CADA, commence souvent pour eux une longue attente. Mais au final, 60 à 70 % obtiennent leur demande d’asile.

Article Voix du Nord – par Emmanuel Crépelle | 18/07/2018