Une odyssée Kurde

Vingt migrants kurdes irakiens ont rejoint l’AFPA de Liévin mardi, suite au démantèlement du camp de Grande-Synthe. Ce jeudi matin, ils racontaient leur parcours face au personnel du centre de formation.

« Il nous faut comprendre ce qu’ils ont vécu. » Ce jeudi matin, Dominique Bos, directeur de l’AFPA de Liévin, a réuni son personnel en salle de réunion pour écouter le témoignage de quatre migrants arrivés mardi au centre de formation. Suite au démantèlement du camp de Grande-Synthe, une vingtaine d’hommes kurdes irakiens ont rejoint la structure où ils devraient rester deux semaines. Sur la carte projetée derrière eux, les quatre hommes désignent le point de départ d’un long, onéreux, et dangereux voyage, le Kurdistan irakien.
Des milliers d’euros et de kilomètres

Épaulés par leurs accompagnants de l’Association pour la solidarité active (Apsa), Thomas et Mitra, une Iranienne tenant également le rôle d’interprète, ils racontent leur trajet, de la Turquie à la Bulgarie, puis la Grèce, l’Italie, jusqu’à Grande-Synthe. Planqués dans des camions ou entassés dans des zodiacs bien trop petits pour contenir autant de passagers. Un chemin semé d’embûches que Mitra ne connaît que trop bien, elle qui a quitté son Iran natal en 2005 avec son mari réfugié politique et leur fils. Depuis la Turquie, la famille avait embarqué sur un « bateau gonflable » pour rejoindre la Grèce, puis prit un avion vers la France avec de faux passeports. Mitra a obtenu ses papiers français en 2008.

Malgré des parcours de vie différents, les quatre hommes partagent le même rêve : l’Angleterre (lire ci-dessous). Combattant peshmerga ou commerçant, ils ont tous quitté leur pays pour des raisons de sécurité. Certains ont été contraints de laisser leur famille derrière eux pour tenter de la faire venir plus tard, d’autres ont justement fait le trajet pour rejoindre femme et enfants, déjà en Angleterre depuis plusieurs années. Du Kurdistan irakien à Grande-Synthe, ils ont déjà dû débourser 30 000 € pour ce voyage durant lequel ils ont risqué leur vie. Il leur faudrait encore dépenser 11 000 livres pour atteindre l’Angleterre assurent-ils.

L’Angleterre, «pas une volonté d’Eldorado, mais pas le choix»

Tous s’accordent à dire qu’ils n’ont jamais été aussi bien accueillis qu’en France et pourtant, ils ne souhaitent pas y rester. « En arrivant ici, on souffle et on se dit qu’enfin, on est arrivé. On sait que la France nous protège et que l’on n’y subit pas de violence », témoignent ces Kurdes irakiens, par le biais de leur interprète. Mais en raison des accords de Dublin, leurs empreintes ont été relevées dans le premier pays de l’Union européenne atteint : la Bulgarie.

En France, une demande d’asile peut prendre beaucoup de temps à être traitée. Si celle-ci se voyait refusée, les migrants pourraient être renvoyés vers la Bulgarie, ce qu’ils cherchent à tout prix à éviter. « Là-bas, on nous a pris nos empreintes de forces. On nous frappe, on nous déshabille, on nous met en prison », raconte l’un d’eux. Sans compter qu’en France, il leur est impossible de travailler ou de louer un logement en situation irrégulière. À cela vient s’ajouter la barrière de la langue, bien plus mince en Angleterre, où ils pourraient trouver du travail et un logement sans papiers. « Ce n’est pas une volonté d’Eldorado, mais ils n’ont pas le choix », résume Thomas de l’Apsa.

Article Voix du Nord du 25/10/2018 - Chloé Simon