Rapport moral 2018

Il me revient donc d'introduire cette assemblée générale, et c'est toujours avec un plaisir renouvelé que je vous retrouve chaque année pour partager un peu de notre vie associative. Et ce partage est pour moi extrêmement important, car il nous permet de sortir un instant des huis clos de l'aide à la personne pour donner un sens commun à notre œuvre collective…

Partager est aujourd'hui, à mon sens, la valeur essentielle de toute association de solidarité !

Je suis convaincue que la richesse qui manque le plus dans ce monde, c'est le partage. L'Abbé Pierre, ne disait-il pas que « la misère n'est pas une fatalité. Elle vient d'abord de notre incapacité à penser le partage ».

Ainsi, soyons individuellement persuadé que tout bonheur qui ne peut se partager n'est pas un vrai bonheur - et collectivement assuré que seul un monde de partage pourra remplacer le partage du monde, tel qu'il est aujourd'hui mis en œuvre dans notre société actuelle ; Le partage et la solidarité sont le seul chemin qui offre un avenir véritable à l'humanité …

Plus on partage, plus on possède, voilà le miracle quotidien de notre association !

Un rapport moral est un exercice périlleux qui nous oblige à replacer nos activités dans leur environnement, et à souligner les faits et points marquants d'une année d'exercice. Devant la page blanche, se pose toujours à moi ces questions complexes ; Comment enfermer et réduire en quelques mots, tant de vie, de pépites, de doute, de colère, d’émotions ? Que raconter et que faut-il privilégier ? Que vais-je omettre ?

Alors, je vous propose de commencer par une exploration très rapide de cet environnement qui fut le nôtre, en 2018, et qui s’inscrit finalement dans la continuité des exercices précédents :

La pauvreté s'est encore aggravée, les phénomènes de migration s'amplifie avec un renoncement de plus en plus manifeste de nos traditions d'accueil, les rues se sont parées du jaune de la misère invisible qui empêche de boucler les fins de mois, nos valeurs républicaines sont mises à mal, le mille-feuille législatif s'est encore épaissi (Réforme du travail, de la formation professionnelle, de l'asile, mise en application de la loi Elan, etc.), les politiques sociales qui guident nos actions s'affolent (Logement d'abord, plan de lutte contre la pauvreté, plan de modernisation de l'IAE, mise en place du SIAO unique sur le Pas de Calais, etc.) …

Dans la pratique ; Centralisation - baisses budgétaires contre les moyens des CHRS - Mise en concurrence au plus offrant de l'action sociale, quitte à faire du lowcost - Passage d'une logique de la main ouverte à l'autre à une logique de la main tendue au financement - Changement en profondeur de nos pratiques - etc.

Comme si notre combat quotidien n’était pas assez difficile ! Nos associations sont de plus en plus placées dans un état d’instabilité permanente, d’insécurité, d’incertitude, de précarité ; Alors que la massification des sollicitations et leurs complexités croissantes, l'urgence dans laquelle nous sommes souvent amenés à intervenir appelleraient, au contraire, sérénité, reconnaissance, étayage des moyens alloués...

Cette situation soulève de très nombreuses questions ... Et de me demander combien de nos salariés auront à recevoir de coups pour que soit entendu la complexité de nos missions ? - pourquoi avons-nous cette certitude amère, à chaque nouvelle circulaire, qu'il vaut mieux ne rien faire et attendre sagement que la roue tourne ? – qu'est-ce qui comptent véritablement dans notre action et dans la situation des plus précaires pour ceux qui pensent les politiques sociales, à part leurs coûts ?

La place des associations semble aussi remise en question ! Nous avons le sentiment que notre expertise n'est plus entendue, que l'on nous considère de plus en plus comme des prestataires de service sous tutelle du financeur, que notre implication locale et notre diversité pétillante ne sont plus sources de richesses et qu'on privilégierait plutôt, aujourd’hui, quelques grosses organisations plus serviles et disciplinées…

Mais ces difficultés sont anciennes et nous les connaissons et, vous le savez, je suis toujours intimement convaincu que nous participons activement à la construction de notre avenir ...

Pour l'heure, même si cela complexifie notre tâche, nous parvenons toujours à développer notre projet associatif et à répondre qualitativement aux besoins du territoire... ainsi, si nous sommes extrêmement vigilant à notre environnement, nous restons avant tout résolument optimistes et vivants !

Vivant, nous le sommes d’abord au travers de notre conseil d’administration qui s’est particulièrement enrichi cette année, féminisé, rajeuni, ouvert à de nouvelles compétences dans des domaines aussi variés que la culture, le droit social, la politique du logement d’abord et l’insertion. Je tiens à souligner cette dynamique qui nous fait du bien et à remercier publiquement l’implication de mesdames Annick Genty, Lauranne JANKI, Sandra Lorthiois, Marie Lavandier et Juliette Guepratte, venues nous rejoindre dans le courant de l'année écoulée.

Vivant, nous le sommes aussi quand on voit le nombre de projets en cours ou en réflexion ; Fin des travaux d'humanisation du CHRS d'urgence « La Boussole », Actions diverses dans le cadre du Logement d'abord, Extension du CADA, Grand débat, Projets d’Atelier Laverie, de maison de la famille qui regroupera le Fil d'ariane et La parentèle dans des locaux commun, de futurs maison relais et résidence accueil sur la CAHC, de 5 Lits Halte soins santé, ... et si j'osais entrer dans le détail de chaque jour ou chaque semaine, ce que je vous invite à faire en consultant cette page facebook, des dizaines d'actions qui sèment la vie, là où nous accueillons.

Cela permet à nos intervenants sociaux d'être des magiciens de la vie, de semer le bien-être par petits bouts, de partager … Et vivre, croyez-moi, est magnifiquement contagieux !

Il s'agit pour nous de créer les conditions qui amènent chacun à ne plus être enfermé dans la survie mais à vivre pleinement - car finalement c'est le vivant qui guérit, c'est le vivant qui réconforte, soulage, valorise, c'est le vivant qui projette ! Le travail social n'est en fait, bien souvent, que l'art d'accompagner le banal du quotidien pour vivre et mieux vivre ...

Vivant, nous le sommes encore lorsque nous participons activement à la vie politique de notre secteur, et de retrouver l'apsa dans beaucoup d'instances, de réunions, de conseils d'administration ; en fait, partout où se font les politiques locales qui concernent nos concitoyens les plus en difficultés, notre voie porte pour que vive celles des exclus du système.

Vivant, nous le sommes enfin lorsqu'on évoque avec militantisme la place des personnes accueillies ; et d'afficher la reconnaissance de l'autre comme citoyen légitimement acteurs des démarches d'insertion qui le concerne, d'accompagner des démarches diverses de prise de responsabilité citoyenne, d'innover en matière d'organisation et de mode d'expression visant la participation effective des personnes ... 2018 a ainsi été une année de réflexion associative importante sur cette thématique, qui sera d'ailleurs évoquée cet après-midi, à l'occasion d'une réunion de travail spécifique qui prolongera notre assemblée générale.

Voilà, je pense avoir tiré l'essence de cette année 2018, et après vous avoir encore remercié pour votre soutien et votre écoute, vous propose de finir, comme à mon habitude, par une citation dont l'auteur est anonyme ;

« L'avenir appartient à ceux qui luttent pour que leurs rêves collectifs deviennent réalités »...