Une assemblèe générale en mode confiné

Ci-après, le rapport moral 2019 de la Présidente:

Ce rapport moral ne sera pas tout à fait traditionnel.

En effet, il évoque presque exclusivement la crise sanitaire que nous venons de traverser et qui nous occupe et préoccupe encore beaucoup, tellement il semble aujourd’hui dérisoire, ridicule même, de revenir sur une année 2019 qui nous parait déjà si lointaine, si déconnectée de notre histoire présente et que, par ailleurs, nous avons déjà largement évoquée à l’occasion de la cérémonie des vœux.

Je n’évoquerai donc pas, ou presque, l’activité florissante de l’APSA, pour l’exercice 2019, qui a vu encore de très nombreux projets aboutir et se clôture par un résultat comptable excédentaire, et centrerai plutôt mon propos sur la pandémie du coronavirus !

Comment taire ce contexte si particulier, de confinement inédit, d’angoisse personnelle, de crise sociale, de tension collective, de pandémie, de mort malheureusement aussi, qui est celui de l’APSA depuis de si longues semaines ?

Et je commencerai cette assemblée en évoquant avec vous l’un de nos salariés, Célestin, mort des suites de cette terrible épidémie et dont la disparition prématurée reste une déchirure pour beaucoup d’entre nous …

Son départ a été un coup dur pour notre association ; une terrible et injuste nouvelle qui est venu personnifier l'horreur de cette maladie et marquer à jamais notre histoire. Mais je vous donne à tous, d’ores et déjà, rendez-vous probablement courant septembre, pour honorer ensemble sa mémoire …

Je tiens aussi à réaffirmer combien il a été compliqué pour notre association de décider de réduire ses activités aux dépends des personnes qui en ont besoin, et probablement plus encore durant cette difficile parenthèse ! Nous luttons quotidiennement contre ce fléau qu’est la solitude sociale et nous avons été contraints de l’organiser, laissant ainsi de nombreuses personnes seules, ou presque, avec leurs difficultés.

Je pense pouvoir affirmer que ce sentiment de désolation de ne pouvoir continuer à remplir convenablement ses missions au service de l’autre, a aussi été celui de la plupart d’entre nous, lorsqu’il ou elle a été parfois contraint par les événements de rester confiner à son domicile.

Je poursuivrai mon propos par un hommage vibrant pour tous ceux qui ont été au front, durant toute cette période de repli, et qui mérite notre pleine reconnaissance et notre admiration. Je n'oublierai pas non plus d'associer aussi à ces remerciements les quelques-uns qui, de chez eux, ont continué à œuvrer pour le bien commun.

Mais je tiens d’abord à honorer particulièrement tous ceux qui ont réussi cet exercice périlleux de tendre la main à l'autre à un mètre de distance, de confiner celui qui refuse les règles sociales, de gérer le manque de drogue, de médicaments ou d’alcool, ainsi que l’insupportable absence de vie sociale ou familiale, d'organiser une vie communautaire à coups de mesures barrières, de gendarmer le quotidien, ...

Merci pour le dévouement dont la plupart ont fait preuve envers ceux que nous accueillons. A nouveau, vous avez fait preuve, mais cela je le savais déjà, d'une belle conscience professionnelle et d'une grande humanité. Plus que jamais, je suis très fière d'être la présidente de l'APSA.

L’APSA n’a pas voulu se contenter de ces quelques mots laudatifs et son bureau a décidé de maintenir, coute que coute, la rémunération de tous, refusant durant toute la période de confinement le principe des procédures de mise en congés ou de chômage partiel - et d’accorder des primes individuelles pour honorer cet engagement méritoire. Ce n’est certes pas grand-chose, mais nous tenions à transformer notre respect et notre gratitude en acte.

Car c’est grâce à cet investissement hors norme, que nos structures d’hébergement n’ont jamais fermé, et l’on a pu même y voir germé des pépites de vie et des petites folies qu’il faudrait tenter de préserver, que les personnes en situation de sdf n’ont pas été seuls dans les rues désertes avec une équipe de rue qui a su faire preuve d’une constante bienveillante et de l’assistance parfois nécessaire à leur survie, que les prestations indispensables au fonctionnement de cette chaine fraternelle ont pu perdurer … Merci donc !

Albert Jacquard évoquant la crise économique de 2008 déclarait « Nous ne vivons pas une crise, nous vivons une mutation de notre monde ; les jeunes auront à bâtir un nouveau monde, et non à perpétuer l’ancien ». Et depuis, rien n’a changé, ou si peu ! En 2020, j’émets le vœu que nous ne commettions pas la même erreur.

J’espère vivement que nous tirions quelques expériences de cette épreuve qui a frappé l’humanité et que l’avenir de notre espèce soit plus solidaire et plus écologique. Notre but dans la vie ne peut se réduire à rester vivant, il nous faut maintenant apprendre à être plus humain, pour faire de notre société, un jour qui sait, un havre inviolable où les injustices sociales ne pénètrent plus.

A sa mesure, l’APSA, c’est-à-dire nous tous, avons un rôle à jouer dans cette évolution nécessaire !

Alain Leblay déclarait : « Vouloir construire l'avenir sans affronter les erreurs du passé, autant vouloir construire un mur sans briques et sans mortier ». Croyez que nous œuvrons aujourd’hui, avec beaucoup de conviction, pour alerter les pouvoirs publics qui devront tirer des enseignements de cette crise afin de revisiter les fonctions humaines, sociales et vitales de notre société, dont de trop nombreuses ont été mésestimées, dévalorisées ou simplement oubliées.

Je finirais mon rapport par un dernier hommage, plus festif celui-là, que je ne pouvais pas omettre. Il s’agit d’évoquer ici Michelle, qui a fait le choix de partir, trop discrètement et je le regrette, pour une retraite bien méritée, après des années d'un dévouement reconnu de tous.

Michelle incarne la rigueur professionnelle, elle est entière et sans concession, elle symbolise, peut-être plus que quiconque, nos valeurs associatives, elle fédère autour d'elle et a su, au fil des ans, essaimer son implication avec un réseau de multiples partenaires. Je n'avais pas eu l'occasion de lui rendre publiquement hommage, respectant ainsi sa décision, mais je tiens à la remercier publiquement pour toutes ces années passées au service de l'A.P.S.A., en qualité de chef de service de La Boussole, puis du Fil d’Ariane, pour finir sa carrière en tant que directrice des pôles « famille » et « santé »...

Encore une fois merci ...