Assemblée générale

Une assemblée générale est un moment particulier pour une association, auquel nous attachons une très grande importance ; car c’est l’occasion de nous rencontrer, de partager et de prendre un peu de temps pour évoquer ensemble notre action et explorer un quotidien complexe qui s’emballe et nous emballe.

L'état d'esprit de notre assemblée se retrouve dans le rapport moral de la présidente, que je vous invite à découvrir ci-après:

C’est une joie pour moi de vous présenter ce rapport moral, qui sera suivi des bilans financier et d'activités de l’exercice 2017 de notre association.

Permettez-moi, tout d'abord, au nom du Conseil d'administration que j'ai l'honneur de représenter aujourd'hui, de remercier tous ceux qui, ici présent, sont venus marquer leur intérêt pour nos actions ; représentants de municipalités ou d'organismes, partenaires, administrateurs, bénévoles et salariés, mais aussi les personnes accueillies par l'A.P.S.A. que nous associons avec beaucoup de plaisir à ce temps fort de notre vie associative.

L'année 2017 s'inscrit dans la continuité des précédentes et a été caractérisée par la persistance des difficultés sociales, marquées par les conséquences des
grands déséquilibres mondiaux qu’illustrent la crise migratoire, les attentats,
les tensions sur les finances publiques, ...

Alors qu’elle avait fortement diminué entre les années 1970 et les années 1990, la pauvreté augmente à nouveau en France. En dix ans, un million de personnes supplémentaires sont tombées dans la pauvreté. De même, la précarité liée aux difficultés d’accès et de maintien dans le logement ne recule pas...

Et chaque jour, ce poids d'une précarité qui gagne et prend des visages de plus en plus diversifiées, nous le vivons, nous le subissons... C'est vrai lorsque nos établissements sont saturés et ne peuvent plus accueillir, lorsque le 115 ne peut plus répondre faute de solution adaptée, lorsque le point d'accueil des adolescents est obligé de recevoir des jeunes qui relèverait pourtant d'une prise en charge bien plus spécialisée, lorsqu'à « La Parentèle », un parent doit attendre son tour plusieurs mois pour pouvoir rencontrer ses enfants, lorsque, ayant atteint les objectifs qui nous sont fixés, nous ne pouvons plus proposer un parcours socio-professionnel à une personne pourtant motivée, …

Oui, nos taux d’occupation sont bons, très, trop bons ! Car nous étouffons sous la demande et tentons vainement de colmater un flux incessant qui nous submerge chaque jour. Certes, nous faisons notre part, au mieux ! Et si notre détermination est souvent mise à rude épreuve, jamais nous n'abdiquons, car notre œuvre au service de l'homme nous engage - et ce, malgré la suppression de moyens pourtant nécessaires à notre travail, malgré des contraintes administratives de plus en plus lourdes, malgré un mille-feuilles réglementaires qui s’épaissit, …

Alors, dans un tel contexte de massification de la précarité, il est difficile d'accepter la vision actuelle libérale et déculpabilisée du traitement de l’exclusion, qui organise la suppression des contrats aidés, qui amplifie le contrôle des chômeurs, qui baisse les budgets des CHRS de 3% par an pendant 3 ans, qui met en concurrence au moins offrant la dignité des plus pauvres, qui organise du prêt à agir lowcost, qui envoie des agents de l’État dans nos établissements à la recherche de ceux qui n'ont pu obtenir de droit administratif à leur existence, etc.

Sécurisation et rationalisation ; Pour faire mieux, faire moins ! Voilà le nouveau créneau gouvernemental qui s'offre aujourd'hui à nous.

Chacun s’accorde à penser que les actions de solidarité n’ont pas de prix, mais leurs coûts sont jugés aujourd’hui beaucoup trop élevés, et pour une rentabilité devenue de plus en plus suspecte.

Ne doutons pas que ces coupes budgétaires posent les conditions favorables à la montée de certains populismes, et participent à l'émergence des casseurs d’aujourd’hui ou des poseurs de bombe de demain !

En tant qu’association de solidarité, notre responsabilité politique est engagée ! Car, n'en doutons pas, notre lutte quotidienne contre la pauvreté, l'exclusion et l'injustice, est éminemment politique ; pas de celle qui conduit un homme au pouvoir, mais de celle, bien plus essentielle à notre humanité partagée, qui se met au service de la cité et œuvre pour le bien commun ...

Plus que jamais, il nous faudra montrer ce que nous faisons, bien le faire et démontrer la plus-value de notre travail. Et il nous faudra convaincre !

Convaincre que l’hébergement d’urgence sous forme d’asile de nuit met, certes, les personnes à l’abri, ce qui est nécessaire en période de grand froid, mais ne leur permet pas de se poser pour construire un projet d’insertion. Convaincre que laisser quelqu'un à la rue ou dans le dénuement et la solitude ne respecte pas sa dignité et présente un risque majeur pour la cohésion de notre société. Convaincre que les dépenses sociales représentent certes un coût, mais surtout un investissement réel pour notre société.

Car sans réelle fraternité politique, les misères que nous apaisons aujourd’hui, seront les luttes qui se développeront demain...

Car, à chaque fois que l’état refuse 1 euro pour l’aide sociale, c’est 100 euros de dépense qu’il prépare pour les tribunaux, les prisons, les hôpitaux psychiatriques, la police, etc.

Et il nous faut aujourd’hui apprendre à naviguer sur une ligne de crête relativement périlleuse, entre l’écueil d'une collaboration confuse avec les pouvoirs publics et notre engagement militant au service des publics en difficultés, entre des arrêtés budgétaires restrictifs et une action sociale en mouvement qui nécessite des moyens suffisants, entre l'application discipliné de circulaires déshumanisées et les valeurs humanistes qui fondent notre association et le travail social !

Malgré ce contexte qui se complexifie, aujourd’hui, je retiendrai surtout que l'année 2017 a été une belle et riche année pour l'A.P.S.A. ; riche de son excédent comptable qui viendra sécuriser un peu de cet avenir qu'on nous annonce si difficile – riche aussi de beaux projets dans tous les domaines de notre activité : Appel d'offre de Pas-de-Calais-Habitat pour l'insertion et de SIA-Habitat pour l'accompagnement de ses locataires en difficultés, mise en œuvre réussie de deux chantiers école, inauguration de la Pension de Famille de Grenay, ouverture d'un Centre d'Accueil et d'orientation, gestion en année pleine de la première halte de nuit départementale, début des travaux d’humanisation de La Boussole, Animation d’une dynamique participative citoyenne des personnes hébergées particulièrement remarquable, nouvelles expositions photos reconnues pour sa qualité, ...

Après plus de cinq décennies, la solidarité de l'APSA est toujours aussi active... Et j'en remercie sincèrement l'ensemble des acteurs de notre association qui œuvrent chaque jour, ensemble, pour que ce projet d'une société inclusive plus juste ne soit pas le vain rêve humaniste d'un homme, mais bien une réalité qui fait du bien, au quotidien, à nos concitoyens les plus fragiles...

J'en remercie aussi les services d’État du département, le Conseil départemental du Pas de Calais, les Communautés d'Agglomération et municipalités, et l'ensemble des financeurs et partenaires nous apportant leurs concours, à un titre ou à un autre, dans notre mission au service de nos concitoyens de la précarité.

La vie d’une association, vous le savez, c’est aussi des éclats de vivre et des galères ;

-) Tristesse, lorsque nous apprenons le décès de jean Pierre, que la faucheuse a fait taire à tout jamais et qui nous manque cruellement à l'occasion de nos bureaux associatifs. Après Robert, Pierre et Annie, c'est notre conseil d'administration qui se vide petit à petit... Nous sommes, d'ailleurs, de plus en plus préoccupés pour notre association de la difficulté à capter de nouveaux administrateurs,

-) Émotion, lorsque nous fêtons le départ en retraite de Dominique, qui après 20 années en qualité d’encadrant technique, a décidé de nous quitter pour se consacrer à de nouveaux projets, plus personnels.

-) Stupeur et Colère, quand notre Centre d’urgence se fait braquer à mains armés par deux hommes, volant quelques menus effets appartenant à ceux qui n’ont pourtant plus rien et laissant derrière eux un collègue traumatisé par cette indicible folie !

-) Fierté, quand, dans un élan de fraternité partagée, nous réussissons l’exploit d’ouvrir un Centre d’Accueil et d’Orientation, en deux jours.

-) Joie, au détour des multiples actions qui parsèment le quotidien de nos établissements et services et que je vous engage à découvrir, sans modération, sur notre site ou notre page Facebook ...

J’ai l’habitude de clore mon rapport moral par une citation et je ne dérogerais pas à cette habitude. Je laisse donc la parole à Nelson Mandela pour la conclusion : « Vaincre la pauvreté n’est pas un geste de charité. C’est un acte de justice. Il s’agit avant tout de protéger les droits humains fondamentaux, le droit de vivre dans la dignité, libre et décemment. »