Les invisibles

L’Accueil 9 de cœur… A l’origine, une association créée par des femmes pour des femmes ; en situation de précarité, inscrites dans un processus d’expulsion – voir d’exclusion, victimes de violences … mais toutes objet d’une indifférence sociétale qui les dilue peu à peu dans une transparence mortelle ou, pire, d’une stigmatisation (pourtant voulue bienveillante) qui les condamne.

Alors, quand le film « Les invisibles » est sorti en salle, avec des accents de ch’nord et son petit air de comédie qui raconte cet autre monde, notre monde … avec l’humilité et l’humour comme seules armes contre la misère, il a été reçu par les personnes accueillies et les travailleurs sociaux de notre association comme une invitation au partage, un rendez-vous à ne pas manquer pour rencontrer l’autre et dire … se dire ...

L’idée d’organiser un ciné-débat, largement ouvert à toutes et à tous, est ainsi née… à l’occasion d’un CLEODAS invitant les autres associations de solidarité de notre territoire à partager cette aventure, puis les CHRS « féminin » des arrondissements voisins, puis la population locale qui souhaiterait se joindre à nous …

C’est ainsi qu’une cinquantaine de femmes, et probablement autant de travailleurs sociaux se sont retrouvés au Pathé de Liévin pour vivre ensemble ce film et, au sortir de la salle, partager autour d’un goûter sur ce qu’est être une femme à la rue, une bénéficiaire de l’aide sociale – mais aussi rendre un hommage critique et amusé aux intervenants de l’action sociale.

Aucun propos moralisateur ou misérabiliste, juste un éclat de vivre, fait de gentillesse et d’espoir pour témoigner de nos aventures quotidiennes, celles de la rue qui tue, celles des foyers qui étouffent, celles des violences nées de la misère, celles aussi de la folie partagée de celles et ceux qui leur viennent en aide.

Ce magnifique moment de partage s’est fait dans la sérénité et l'émotion ; et cela est une victoire née de ce film, qui déniche le cocasse au cœur de situations humaines déchirées, mais ne prétend pas ni proposer de solutions, ni critiquer un système extrêmement complexe … Il évoque des possibles construit sur un engagement à l’autre, il rappelle que les femmes de la rue sont d’abord des femmes de la vie … il est un hymne léger à ces héroïnes et ces héros du quotidien qui n’ont d’autre motivation que de rendre le monde un tout petit peu meilleur.