L'état du Mal Logement en Hauts de France

 

L'APSA y était présente, avec une intervention sur le théme "Santé et Logement d'abord" ;

 

« Quand on est malade, on reste à la maison, mais quand on n’a pas de logement, ou quand c’est le logement qui rend malade ? »


Les liens entre santé et conditions de logement ne sont pas nouveaux. En effet, c’est au 19e siècle que les questions de santé publique liées à l’insalubrité des logements, ont été à l’origine des premières interventions de l’État dans le domaine du logement.

 

Les liens entre problématiques de logement et de santé sont évidents, dès que l’on prend la peine de se pencher sur les conditions de vie et l’état de santé des personnes en situation de sans domicile stable ou de précarité.

 

Je pense ici aux ménages contraints d’habiter des logements dans des conditions sanitaires particulièrement rudimentaires et inacceptables, indécents, insalubres, humides ou très dégradés, avec toutes les conséquences délétères connues sur le plan sanitaire (saturnisme, asthme, bronchites chroniques, allergies, pathologies, …), sans compter les risques d’accidents domestiques.

 

A l’inverse, je pense aussi aux nombreuses situations personnelles liées à la santé ; handicap, santé mentale, addiction, et autres… qui compliquent, voir invalident, l’accès ou le maintien dans un logement de droit commun et imposent de penser le logement en amont, que ce soit avec un « e » ou avec un « a », et que ce soit en terme d’implantation, de bâti, d’équipement, ou d’accompagnement.


De même, nous constatons que précarité et mauvaise santé rime malheureusement trop souvent ensemble. Ce n’est pas l’armoire à pharmacie de notre CHRS d’Urgence « La Boussole » qui va venir contredire cette assertion, passé en quelques années de la simple boite à pharmacie à une armoire médicale de type particulièrement inhospitalière…

Santé et Logement ...

Coté sanitaire, cette frontière devient de plus en plus perméable. On vérifie cela notamment par la mise en œuvre de nombreux dispositifs charnières - tant du côté de l’hébergement comme les lits Haltes soins santé ou d’accueil médicalisé, les appartements thérapeutiques - que dans le cadre d’une volonté de poursuite des soins hors hospitalisation et à moindre cout, de type maintien à domicile et/ou suivi ambulatoire ; ce qui se traduit par l’accentuation de la politique d’adaptation des logements et la proposition de nouveaux dispositifs médicaux propres à garantir le maintien à domicile (matériels techniques, hospitalisation à domicile, etc.), mais aussi par le développement de dispositifs particuliers dans le champ du logement ; Housing first, résidence accueil, etc.

 

Coté social, il en est de même … Notre association, l’APSA, qui organise ses interventions dans le cadre d’une approche globale, n’échappe pas à la règle, et porte aujourd’hui de très nombreuses actions dans le cadre de la santé ; ateliers santé et bien-être, psychologues et thérapeutes venus renforcer nos équipes socio-éducatives, infirmières AHI travaillant dans le champ de la sensibilisation et de la prévention auprès des publics accueillis, Solida’SSIAD qui propose des soins de nursing et infirmiers spécifiques aux personnes hébergées dans les structures sociales et médico-sociales de notre arrondissement, adulte relais médiateur santé amené à favoriser, au sein de nos établissements, l’accès aux droits et aux soins des personnes accueillies, à travailler sur l’émergence d’un projet de soin, et à accompagner les personnes vers les professionnels de santé quand c’est trop compliqué …

 

Si Logement et santé constituent désormais deux mondes encore trop séparés par les politiques qui les régissent et par ceux qui les gèrent … à l’évidence, ils sont amenés à devenir de plus en plus interdépendants. La période actuelle nous invite à dépasser ce cloisonnement, en matière d’accès aux soins comme d’accès au logement … et le Logement d’abord en est un excellent exemple !

 

En effet, en France, on peut aujourd’hui répertorier de nombreux appels à projets s’inscrivant dans le cadre de la politique du "logement d’abord" qui ont pour objet de faciliter l’accès au logement des personnes sans abri, ainsi que des expérimentations de type "Un chez-soi d’abord", ayant pour but de développer de nouveaux modèles d’accompagnement vers et dans le logement pour des personnes en situation de handicap psychique et/ou vivant un trouble psychiatrique. Chez nous, le département du Pas de Calais a repris cette dynamique volontaire à son compte, en ciblant des personnes connaissant diverses problématiques de santé, telles que celles induites par des psycho-traumatismes liés à des violences subies dans un contexte conjugal ou intra-familial ou celles de personnes en situation de profond mal-être ou, par exemple encore, présentant des troubles psy ou concernées par des problématiques d’addictions.

 

C’est avec cet objectif partagé que l’APSA a expérimenté plusieurs projets qui visent à proposer un accès direct au logement pour un public en situation de précarité ayant des problématiques de santé associés ; AML renforcé, CHRS hors les murs, Accompagnement global autour du logement, etc.

 

Aujourd’hui, nous réfléchissons ces projets en repensant tout l’accompagnement à partir de la situation des personnes et de leurs besoins, pour adapter le logement et l’accompagnement à celles-ci plutôt que l’inverse, en évitant si possible un passage obligé par la case hébergement, et surtout en ne partant pas d’un dispositif, si souple et adapté soit sa mise en œuvre.

 

Ceci est rendu possible, d’abord à partir d’un diagnostic complet et partagé, qui implique la personne ou le ménage, et tisse les conditions du meilleurs parcours d’insertion possible ;

 

En contractualisant l’accompagnement avec la personne ou le ménage qui devient pleinement acteur des démarches d’insertion qui le concerne. Le bailleur, ou parfois un service éducatif ou de soins peut être associé à cette démarche participative. Il s’agit ici de sortir l’accompagnement de la dynamique de mandat ou de prescription, et le ménage de son statut d’usager ou de bénéficiaire - pour co-créer ensemble, dans le cadre d’une approche globale …

 

En adaptant la durée de l’accompagnement aux besoins des ménages ; ceci est rendu possible en renouvelant si possible le dispositif d’accompagnement mobilisé ou en organisant autour de la famille locataire un glissement des dispositifs d’insertion. Ainsi, par exemple, un hébergement diffus, peut devenir ensuite ALT, puis AML, puis logement accompagné … et le logement être tour à tour accompagné, adapté ou glissant … qu’importe le contenant, seul l’objectif de favoriser l’accès ou le maintien durable du ménage dans le logement compte !

 

En intervenant à la fois sur le logement et les besoins de ses occupants, en privilégiant un traitement global et durable des problématiques, dans une logique de prévention et de promotion de la santé, de la citoyenneté... Au-delà du logement, il s’agit bien de permettre à la personne de se rétablir dans tous les domaines de la vie, de travailler à la fois dans le champ du social, de l’éducatif de l’insertion professionnelle, du soin … mais aussi, si besoin, sur soi et son histoire de vie, sur ses capacités de rencontre avec les autres, sur ses potentialités, etc.

 

En développant la pluridisciplinarité de l’accompagnement et des intervenants autant que la situation de la personne ou du ménage l’exige. Cette pluridisciplinarité peut être obtenue par la mise en place d’une équipe dédiée, par la mutualisation des ressources territoriales disponibles dans le droit commun et notamment de partenariats étroits entre le monde médical et les travailleurs sociaux du logement ou par une hybridation de ces deux options,

 

Dans la pratique, avec du personnel mobilisable au sein de notre association, nous avons constitué une équipe pluridisciplinaire, capable d’intervenir en complémentarité du travailleur social spécialisé dans l’accompagnement lié au logement, qui devient alors coordinateur des actions mise en œuvre dans le cadre du projet personnalisé des personnes ou du ménage.

 

Ce référent unique, à la sauce logement d’abord, articule ainsi les différentes interventions, que ce soit dans la quotidienneté (TISF, Maitresse de maison), que dans une palette de compétences diversifiées ; sur le plan de la santé, par exemple ; psychologue, thérapeute conjugal et familial, psychothérapeute, sophrologue, diététicienne, infirmière préventionniste, etc. Mais aussi animatrice socio-culturelle, médiatrice familiale, encadrant socio-professionnel, éducatrice de jeunes enfants, etc. Celui-ci est amené à collaborer, sur les situations plus complexes, avec le coordinateur logement d’abord.

 

Le nombre de visite à domicile est lui aussi contractualisé selon les besoins évalués avec le ménage et peut évoluer selon nécessité. De même, des passages à domicile peuvent être programmés le matin, le soir, voir le weekend pour mener un entretien, mais aussi pour partager différentes activités, ou simplement des temps de vie ; loisirs, élaboration d’un repas, courses, ménage, etc.

 

Cet ensemblier peut aussi s’étoffer d’interventions externes plus spécifiques, par exemple d’une assistante sociale du département, d’un personnel soignant venu d’un service spécialisé, d’une association d’aide à domicile, etc.

 

Dans la pratique de l’accompagnement, rien de bien nouveau en fait, puisqu’il s’agit, dans la philosophie de la loi 2002/2, de saisir cette opportunité du logement d’abord, pour œuvrer ensemble afin que la personne ou famille soit véritablement au coeur du projet …

 

Mais cette façon de co-construire l’action sociale, probablement revendiquée ici par tous, reste un gros chantier qui s’ouvre à nous, car elle impose aux intervenants de la relation d’aide une plus grande humilité professionnelle qui reconnaisse l’autre comme personne citoyenne et responsable, et non comme objet, patient, usagers, bénéficiaires, locataires, … - car elle nécessite d’être véritablement capable de sortir de ses vérités révélés, de savoir passer le relais, de partager – car elle impose la pratique du secret partagé, ce qui ne va encore toujours pas de soi – car elle nous pousse à dépasser nos cultures (pour ne pas dire ego) propres à chaque association, service ou établissement – car elle suggère probablement une transformation de la gestion de l’accompagnement, encore trop cloisonnée à coup de dispositif, de cahiers des charges, le tout portée par des financeurs différents, très différents,

 

Gageons ici que cette différence qui trop souvent nous sépare, nous enrichisse aujourd'hui au service de l’autre !